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    December 11

    Ferrara (Bologna, jour 3)

    Le samedi, c’est Ferrare en trio. Aurore, une amie (française) de la demoiselle Lulu nous attend sagement à la gare de Bologne. Comme nous sommes en retard, nous bavarderons plus tard, on file prendre les billets et on court vers le quai du train. Trois minuscules quarts d’heure plus tard, nous voilà à Ferrare.

    Peut-être que le nom de cette ville ne vous évoque rien, pauvres hommes ignares de ce 21ème siècle ! Au 16ème siècle, vous auriez tremblé à l’évocation de ce nom ! Ferrare était un puissant duché, allié à Milan et aux ducs de Mantoue. La famille d’Este y régnait en maître. Cependant, la chance tourne, Charles Quint débarque et le duché se retrouve assujetti à la puissance impériale. La ville tombe dans un relatif sommeil et ne connaîtra qu’une seconde jeunesse au 20ème. Elle est une ville de province de taille moyenne.

    Ferrrare, c’est aussi la ville de l’Arioste (oui, ce cher Arioste... qui n’a jamais réussi à devenir le poulain littéraire de la famille d’Este) et du Tasse (qui bien que fou a réussi à avoir pour mécène Ercole II d’Este... y en a qui sont plus doués que d’autres). Au 20ème siècle, c’est l’écrivain Giorgio Bassani qui redonne à la ville ses lettres de noblesse. Il fait de sa ville le lieu de plusieurs de ses oeuvres (pour la plus célèbre, Il giardino dei Finzi-Contini ; Lulu vous dira que ce sont Le 5 storie ferraresi mais je persiste dans ma conviction ! Et toc ! En plus, le roman est très bien et a même été adapté au cinéma par un réalisateur tellement connu que je ne sais pas son nom).

    Bon, je vous disais que nous étions arrivées à Ferrare. Bien évidemment, nous ne sommes pas restées à la gare. Première étape, un cappuccino ! Cela s’impose pour mettre au point une stratégie touristique. Nous optons pour la direction du centre (enfin, j’opte parce que j’ai deux incapables du plan avec moi), car c’est bien connu qu’au centre, il y a tout (vu que c’est le centre et que tout a commencé là). On sent que la municipalité de Ferrare aime ses touristes : il y a des panneaux pour nous guider vers les lieux les plus importants ! Des vrais panneaux pour touristes avec des couleurs, des mini-plans avec un gros point rouge qui crie : « voi siete qui ! »... C’est beau et tellement rare en Italie. D’ordinaire, même les plaques de rues sont cachées (par un arbre, un feu tricolore, voire n’existent pas) et là, les panneaux s’exhibent fièrement face à nous. Impossible de se perdre, il suffit de suivre la flèche ! On peut ranger le plan des rues, on n’en aura pas besoin. Toute déambulation et toute flânerie seront téléguidées par d’anonymes voix.

    Nous voilà donc parties vers le centre. On passe sur la Piazza municipale où un marché de Noël est en train de s’installer. Puis, nous visitons le duomo. Malheureusement, c’est l’heure de fermeture et une voix stridente et répétitive nous le rappelle « Vi informiamo che la chiese sta per chiudere e riapre alle 15 ». Son message a le mérite d’être efficace puisque tous les touristes sortent. Nous allons ensuite au Castello Estense où il y a l’office de tourisme. J’y demande quelques plans et infos sur la ville. Nous continuons notre balade dans les rues de Ferrare, près du duomo, nous passons dans un marché de Noël puis nous continuons vers le quartier hébraïque. L’heure du miam miam s’approche et nous nous trouvons un petit resto-bar sympathique et aux prix raisonnables. Il faudra juste qu’on m’explique pourquoi le verdure alla grigla consistaient en 4 lamelles de courgettes et 3 rondelles d’aubergines... Peut-être que le cuistot n’avait pas fait les courses... Normalement, dans ce type de contorno1, on rajoute aussi du poivron rouge. Et quel est l’intérêt de mettre ces râclures de légumes dans une grandissima assiette ? Pour mieux mettre en lumière la propreté de la porcelaine ? Au moins, l’escalope au marsala était bonne. C’est déjà ça ! Un cappuccino pour moi, un dessert pour les filles et nous voilà de nouveau lancées sur les pavés de Ferrare.

    Quand j’ai fait mon Erasmus à Rome, j’ai suivi un cours sur la letteratura italiana del cinquecento et la prof (un petit bout de bonne femme, très sympa ; je garde un très bon souvenir de ce cours) nous avait tellement parlé des fresques du palazzo Schifanoia que je ne pouvais pas ne pas y aller. Mes deux compagnes sont d’accord aussi et nous partons pour notre palais.

    Nous sommes un peu dans le musée et malheureusement, le palais a souffert du passage des temps mais les fresques de la salle des mois, même si elles ne sont pas intégrales, sont très belles. Différents peintres y ont travaillé et la salle était célèbre dans toute l’Italie comme étant un chef d’oeuvre de peinture.

    Dans le jardin du musée, un petit café hétéroclite a été installé. La décoration tient plus de la brocante que d’Ikea mais on s’y sent bien. La carte des boissons est écrite sur un vieux trente-trois tours. Le lieu fourmille de mille petites idées qui le rendent unique et chaleureux... bien évidemment, l’originalité a un coût qui se répercute sur le prix du cappuccino... Sans rancune, va ! Votre café était vraiment trop sympathique.

    Nous prenons, ensuite, le chemin de la gare. Avant de repartir, nous faisons une halte dans une boulangerie pour acheter du pain. Lulu et moi avons bien du mal à obtenir du pain, une petite vieille dame en râlant et en se plaignant de l’incapacité du personnel nous passe devant sans aucune gêne. Boh !

    De retour à Bologne, on accompagne Aurore jusqu’à son arrêt de bus et on traîne un peu les boutiques au passage. Je découvre avec stupeur que mes fesses attirent l’oeil puisqu’un roublard d’Italien me les pince ! Le temps de crier, le lâche courrait déjà ! Même pas vu à quoi, il ressemblait ! C’est pas du jeu !

    Lulu et moi finissons par rentrer à la maison. Fatiguées de la journée mais un bon repas nous retape et quand sa coloc’ rentre vers minuit nous en sommes, encore, à discuter devant une bonne tasse de tisane !


    1Je rappelle qu’en Italie, il secondo piatto (le deuxième plat ; le premier étant la pasta) se décompose en deux assiettes. D’un côté, la viande ou le poisson et de l’autre, il contorno (littéralement, ce qui est autour, ce qui entoure), c’est-à-dire l’accompagnement (légumes cuits, crudités, patates...)


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